Alternative bienvenue aux « villes flottantes » souvent décriées, les bateaux à taille humaine et à vocation plus culturelle attirent un nombre restreint de voyageurs au long cours. Il faut avoir les moyens d’y embarquer (en moyenne : 1000 euros par jour et par personne).

Depuis un bon quart de siècle, le terme galvaudé de « croisière d’expédition » est encore utilisé pour attirer les foules sur de clinquants parcs d’attraction flottants. Pour Christian Kempf – géographe et auteur prolifique – le spectacle a toujours été celui de la banquise et des icebergs, la musique celle du silence ou des cris de goélands, à mille lieues des discothèques et casinos embarqués.
Connu pour sa faconde, cet insatiable bourlingueur a fondé et préside Grands Espaces, compagnie qui affiche ses engagements environnementaux depuis plus d’un demi-siècle : “Le secteur vise zéro émissions vers 2050, et un meilleur respect des communautés”.

Explorer
Affrété par cette société, le MV Discoverer a été construit en 1989, en Finlande. Il parcourt depuis des décennies certaines des eaux les plus reculées du monde. Mesurant 108 m de long avec 1 maître-bau d’environ 15,5 m, spécialement conçu pour l’expédition, il est doté d’une coque renforcée pour affronter les glaces. Sa manœuvrabilité lui permet d’accéder à des mouillages inaccessibles aux paquebots. Au fil des années, il a navigué sous plusieurs pavillons avant de rejoindre sa flotte actuelle, transportant des générations de curieux accompagnés de guides francophones qualifiés – géologues, ethnologues, photographes animaliers – dont les commentaires et les conférences enrichissent chaque périple.

Explorateur, pas « touriste »
Pour les vacanciers exigeants cherchant à fuir coûte que coûte la saturation touristique, s’inscrire dans la foulée des découvreurs est un fantasme de plus en plus tendance. Le rêve semble se concrétiser dès que l’on monte à bord d’un navire dont la machinerie et les équipements ramènent à ces romanesques péripéties. Il y a actuellement un boom dans la construction de ces bâtiments bien équipés, de taille plutôt modeste (souvent moins de 50 passagers).

Confort
Alors, on dort dans la soute à charbon ? Pas vraiment. Jouer au viking n’implique plus de claquer des dents sous une fourrure humide. Les cabines sont conçues comme les chambres d’un hôtel étoilé, et les mets du restaurant n’ont rien à envier aux bonnes tables de terre ferme.
Le grand frisson du découvreur, c’est en confiant son destin aux bondissants Zodiacs qu’on l’éprouve. Bien équipé, on va alors louvoyer d’un iceberg à l’autre, guetter les cétacés ou photographier l’ours polaire au plus près de sa banquise. Émotion garantie.

Improvisation
Libéré des itinéraires calibrés comme papier à musique, le capitaine se soumet ponctuellement aux humeurs – voire aux caprices – de la météo et aux opportunités offertes par dame Nature. Il n’hésite pas à se réorienter vers une zone abritée, se détourner pour observer les oiseaux et les mammifères marins…autant de diversions dont chaque passager tirera le bilan au terme d’un périple riche en surprises et imprévus.
Finalement, n’est-ce pas cela, l’esprit du voyage ?

Y ALLER : Grands Espaces
Photos : pichonvoyageur.ch







