CroisiEurope cible Casanova, l’Epstein du XVIIIe siècle.

Détours
Que peut-on encore dire ou écrire sur la cité des Doges ?
Mitraillée par les photographes de tout acabit, disséquée par la littérature historique, romanesque ou policière, la ville semble avoir livré tous ses secrets.
Cependant, quelques visites thématiques – beaux-arts, gastronomie, musique ou cinéma – peuvent encore emprunter des chemins de traverse.
Il est ainsi toujours possible d’échapper aux essaims touristiques, même en haute saison.
Séducteur
Vénitien de naissance Giacomo Casanova fut bien plus qu’un légendaire coureur de jupons.
Excellent dans l’art de la manipulation, l’homme était un aventurier de l’excès, transformant la Sérénissime en un théâtre permanent de scandales, de dettes de jeu et d’audace politique.
Il côtoyait les grands de ce monde, leur soutirant des secrets d’État entre deux frasques.
Casinos
Depuis le Moyen-Âge, dans la ville réputée pour ses libertinages, on se retrouve aux casini, de préférence durant carnaval.
Des maisonnettes interlopes ou de somptueux appartements abritaient alors des tripots ; écrins de fêtes sublimes, mais aussi cadres de débauches.
Itinéraire
Le parcours Casanova peut commencer dans la lagune, un archipel où louvoie le Michelangelo, confortable bateau de CroisiEurope. Arrêt sur l’île de Murano, où l’on situe l’un des premiers scandales du célèbre libertin. Le couvent de Santa Maria degli Angeli abrita la religieuse avec laquelle il entretint une liaison précoce et sulfureuse. Célèbre pour ses verriers, le site s’enveloppe volontiers d’un voile de brume, ce qui lui confère une touche de mystère, voire de pudeur.
Évasion
Considéré comme un homme dangereux – corrupteur de la jeunesse et insultant pour la foi – Casanova fut incarcéré aux Plombs (I Piombi), redoutable cachot logé dans les combles du Palais des Doges, réputé pour son étanchéité. Si l’on ne craint pas la foule, une visite du monument en dit long sur l’audace du filou, qui parvint tout de même à s’enfuir par la toiture et les canaux, en 1756. Son ombre plane toujours sur le Pont des Soupirs.

Fastes
Ouvert en 1720, le voisin Caffè Florian était le seul à accepter les femmes, à l’époque. Le prédateur y guettait ses futures victimes dans un décorum néo-baroque désormais conservé dans son jus. Fréquenté plus tard par Rousseau, Dickens, Goethe et autre Proust, l’établissement fait figure d’incontournable pour les amoureux de Venise, dussent-ils débourser jusqu’à 10 EUR pour un expresso.

Bravades
A noter que notre chaud lapin avait le sens de la provocation : ses rendez-vous galants se faisaient à deux pas de la basilique Saint Marc, notamment dans la ruelle Vallaresso, aujourd’hui fief de l’hôtellerie et des boutiques de luxe. Il fréquentait aussi les abords de San Zanipolo, la charmante place Santi Giovanni e Paulo, flanquée de la statue équestre de Bartolomeo Colleoni. Non loin de là, le ponte delle Tette doit son nom aux voisines maisons closes, dont les racoleuses étaient légalement invitées à exhiber leurs seins nus (tette) au balcon pour aguicher la gent masculine. Il s’agissait aussi de freiner l’homosexualité, très répandue (bien que condamnée) durant la Renaissance.
Marchandages
Historiquement, la rive droite du pont Rialto fut la plaque tournante du commerce vénitien. On pouvait trouver de tout le long des colonnades du marché, aujourd’hui dévolu aux poissons : pierres précieuses, épices, étoffes…et dames de petite vertu, fréquentées par Casanova. D’autres endroits sont encore hantés par le séducteur, comme le palais Bragadin Carabba, l’hostaria del Selvadiego (aujourd’hui hôtel derrière la place San Marco) où il aurait entretenu des relations avec plus de 120 femmes – selon sa propre comptabilité – avant de mourir d’apoplexie à l’âge de 73 ans.











