Les camps pour éléphants thaïlandais – boycottés par des tour-opérateurs occidentaux – se métamorphosent par dizaines en «sanctuaires» ou «refuges». Mais ces appellations dissimulent un juteux business où le dressage reste souvent brutal. Dans l’est du pays, on brise toujours leur esprit pour les soumettre au mahout (le dompteur), et les forcer à interagir avec les visiteurs.

Dès deux ans, l’éléphanteau, encore dépendant de sa mère, est séparé d’elle. Attaché, parfois privé de nourriture, il est souvent frappé à l’aide de bâtons ou d’un crochet en métal jusqu’à ce qu’il obéisse aux ordres. «Nous ne les élevons pas pour les blesser (…) S’ils ne sont pas têtus, nous ne leur faisons rien», assure un mahout, demandant à une jeune éléphante de se dresser sur ses pattes arrière, un ballon dans la trompe. Pour 350 dollars par mois, il entraîne les pachydermes, selon les desiderata de leurs propriétaires, à peindre, faire du foot ou de la musique…

Une fois dressés, les animaux sont vendus entre 50.000 et 80.000 dollars, un investissement colossal à rentabiliser dans les parcs d’attractions, comme celui de Mae Taeng près de Chiang Mai, qui accueille jusqu’à 5 000 visiteurs par jour avec des retombées financières considérables.

Une patte en l’air, le pinceau dans la trompe, Suda enchaîne cinq peintures sous les encouragements des visiteurs qui ont acquitté un ticket d’entrée de 50 dollars. Ses toiles, aux allures d’estampes japonaises, sont vendues jusqu’à 150 dollars avant le clou de la visite, la balade à dos d’éléphants. Ces promenades, boycottées par de plus en plus de touristes occidentaux, ne sont plus proposées par de nombreux refuges et sanctuaires où les éléphants sont entravés de longues heures par des chaînes d’à peine trois mètres, obligés de dormir sur du béton, et mal nourris.

Sur les quelque 220 parcs à éléphants recensés dans le pays, même si beaucoup promettent un tourisme plus éthique, «seuls une dizaine assure des conditions de vie véritablement satisfaisantes», d’après la World Animal Protection. C’est le cas de ChangChill, une petite structure près de Chiang Mai, au milieu de rizières en terrasse. En quelques mois, elle a révolutionné son fonctionnement pour assurer un bien-être optimal à l’animal. Elle espère devenir rentable avec la haute saison, mais elle ne pourra recevoir qu’une quarantaine de touristes par jour et n’accueille que six éléphants. Une goutte d’eau. La Thaïlande compte près de 4000 individus en captivité et leur nombre a bondi de 30% en 30 ans.

Les réintroduire dans leur habitat naturel n’est pas possible, par manque de place, et pourrait déclencher des conflits avec l’homme, relève l’autorité thaïlandaise du tourisme. Aux yeux des experts, il faut donc organiser le secteur qui manque cruellement de régulation. Mais les autorités ne semblent pas pressées de mettre de l’ordre dans cette activité très lucrative.

(Source : Figaro / Culture)